DEMARCHE

Depuis mon enfance, je dessine tous les jours des cartes de mondes et de villes imaginaires en confinement total.  Ces cartes sont pour la plupart inachevées ou en constante évolution. Parfois, je réinvestis l’une de ces cartes pour continuer le travail de construction après plusieurs semaines ou mois de relâche. Ce besoin viscéral et obsessionnel de cartographier ne cessera de grandir au fil des ans jusqu’à devenir un véritable exercice de plaisir et de méditation.

Parallèlement, je dessine des éléments d’architecture, des monuments, des personnages imaginaires (rois, reines, etc.) liés à l’histoire, aux mythes de ces villes comme pour se visualiser encore plus l’image de la cité. Depuis peu, les cartographies prennent de la hauteur en devant des maquettes toutes aussi complexes. Je retrouve ainsi dans ce travail de recherche, dans ces voyages autour des réseaux cartographiques une vocation d’archéologue. En dessinant des rues, des fleuves et des quartiers entiers, j’assouvis ma soif d’investigations et transpose ma quête en obtenant des dizaines de plans et de cartes aux contours infinis de cités utopiques, comme si je redonnais vie à des villes qui furent autrefois détruites. Comme en archéologie, cela me permet de mettre en évidence des objets matériels, de les dater, de faire des liens et d’en tirer tous les indices permettant de reconstituer ces civilisations perdues…afin éventuellement de nous éclairer sur notre propre civilisation et notre présent.

La carte imaginaire est aussi un puissant médium tel un capteur de rêves selon moi. Elle reste une représentation subjective, ludique, inconsciente et anecdotique. Il n’existe aucune projection ni perspective justes dans ces cartes. On peut mentir impunément avec les cartes, comme avec n’importe quel langage. Chacun y trouvera donc sa propre vérité et son propre cheminement. L’important, c’est le sens même que l’on donne à la carte. C’est aussi dans le cadre d’un dispositif d’exposition et de médiation culturelle que la carte prend toute sa dimension. En dialoguant d’égal à égal avec les visiteurs, en leur contant des mythes et des histoires imaginaires, la carte me permet alors d’entretenir l’idée de la sérendipité, de l’importance du lieu fantasmé comme source d’opportunités affectives.

Je décline inlassablement cette recherche graphique de façon aléatoire, sachant que je n’aurai jamais la clef un peu comme dans un rêve (car mon but réel n’est pas de représenter ce qui existe). L’énigme ainsi découverte constitue une sorte de défi, de provocation (pour l’esprit); la présence cachée n’est pas seulement attirante, elle est stimulante, elle incite à l’exploration et au dialogue…(même si la recherche pour moi reste indéfinie et l’objet inaccessible et invisible).

Christophe Barcella

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